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Décrivez votre conception du stand Arper pour le Salon du Meuble 2017.

Nous avons conçu un système pour Arper, qui pourrait se définir comme un ensemble d’éléments simples pouvant être agencés et réorganisés en fonction du site choisi. Ces éléments constituent la structure elle-même, c’est donc un système autonome, simple à monter et efficace. Il sera déployé pour la première fois au Salon du Meuble, créant deux niveaux d’expression très différents. Au niveau du stand principal d’Arper, l’ensemble se définit comme une place, entourée de pièces dans lesquelles sont exposés les meubles ; chaque pièce est recouverte d’un matériau opaque. Vous pouvez entrer dans chacune d’elles depuis la place, ou en passant d’une pièce à l’autre. L’idée est la suivante : visiter le pavillon constitue une expérience en soi, en fonction de l’espace que vous approchez. Chaque lieu est un espace unique qui peut être compris à la fois comme une pièce ou comme un « bâtiment » au milieu d’un paysage urbain. Les pièces sont modulées par simple compression ou expansion de l’espace afin de raconter l’histoire du meuble. Ce n’est pas seulement le plancher ou les murs qui changent le caractère de chaque pièce, mais également le plafond. L’espace se personnalise, tout en s’adaptant à la grande échelle du Salon – une ville dans la ville. D’un autre côté, en tant que lieu de travail 3.0, nous montrons que l’ensemble peut fonctionner de différentes manières, dans sa forme mais également dans sa matérialité. Ainsi, nous avons composé une simple boîte et jouons avec un matériau translucide pour travailler sur les ombres et la transparence. Un résultat donc totalement, totalement, opposé.

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MAIO et Arper partagent une sensibilité formelle spécifique. En quoi pensez-vous que votre cabinet complète l’approche d’Arper ou vous rattache à une philosophie du design plus générale?

Il est vrai que nous aimons les formes simples et les couleurs pouvant générer une infini de possibilités. C’est là une des raisons pour laquelle nous nous sentons si proches d’Arper. Ils ont été assez téméraires pour travailler sur cette notion de systèmes et développer une proposition finale avec nous. Lorsque nous avons eu l’opportunité de proposer quelque chose à Arper, nous avons ressenti une grande joie dans la mesure où la philosophie de nos deux sociétés est vraiment similaire. Nous travaillons comme eux autour de ce concept de variation et de personnalisation. Notre design est toujours ouvert aux changements, à l’individualisation et à l’appropriation à travers le temps. Nous n’avons jamais proposé quelque chose de fermé; au contraire nous travaillons beaucoup ensemble, en itérant et en construisant des prototypes permettant de créer le système. Nous avons travaillé de manière très étroite avec l’équipe d’Arper, avec Jeannette Altherr, les stylistes, les concepteurs lumière, afin que toutes les connexions puissent se matérialiser et aboutir à une histoire unique. Il ne s’agissait pas juste de définir un espace de notre côté.

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Pouvez-vous nous décrire la façon dont vous travaillez? Votre processus de fonctionnement? Votre intérêt pour les ensembles?

Nous sommes quatre partenaires et nous travaillons ensemble. La première phase d’un projet, quel qu’il soit, est la plus importante : c’est là que nous développons les idées centrales. Très vite, nous invitons nos autres collaborateurs à se joindre à nous ; à la fin, nous passons plus de temps à parler les uns aux autres qu’à être assis devant notre ordinateur. Nous collaborons toujours avec les autres disciplines, ce qui ne nous pose aucun problème. Dès la première minute, notre architecture est malléable et transformable en fonction du reste de l’équipe. Au début nous travaillons beaucoup selon la méthode du collage – en fait, en découpant à la main – afin de produire un collage conceptuel qui va nous permettre d’articuler nos idées.

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Quelle est votre philosophie, au sein du cabinet d’architectes?

Une chose importante à retenir est que nous envisageons chaque projet de la même manière. Qu’il s’agisse d’un article, d’un petit projet éphémère, de design d’exposition, d’un immeuble, la façon dont nous abordons le sujet est très similaire. Nous travaillons à différentes échelles, mais toujours selon les mêmes règles et les mêmes méthodes, afin de garder une certaine cohérence dans tous nos projets. Nous avons décidé de créer notre bureau il y a cinq ans, mais nous avions déjà travaillé ensemble durant les cinq années précédentes. Nous sentions donc que notre projet pouvait aboutir. Chacun de nous enseigne et écrit, ou autre, en dehors de son activité d’architecte; c’est pourquoi notre travail est si conceptuel : nous aimons la théorie, et appliquons des positions théoriques à l’architecture elle-même.

En quoi votre approche est-elle impactée par le fait de travailler à Barcelone ? Est-ce par l’enseignement, votre travail éditorial?

Nous sommes issus de cette génération née lors d’une grave crise en Espagne, c’est pourquoi nous cherchons à définir de nouvelles façons de penser l’architecture. Nous ne savons pas si nous avons raison ou tort, mais nous avons attentivement scruté la discipline elle-même, ses erreurs, et cherchons à ne pas les répéter. Cela ne sert à rien de regarder dans une direction, tout en fermant l’autre oeil : c’est pourquoi nous essayons toujours de conserver cette complexité au sein du bureau, par l’enseignement et l’écriture. Il faut être très souple dans son travail quotidien ; nous essayons donc de créer des ensembles et des structures au sein de notre propre bureau, ce qui nous permet de former une grande équipe quand c’est nécessaire ou de nous retrouver tout simplement à quatre. Il est fondamental de rester éveillé et d’éviter la division entre la pratique et la théorie. Beaucoup de cabinets d’architectes valorisent la pratique, mais pas la théorie, ou vice versa. Si cependant vous arrivez à percevoir théorie et pratique en même temps, votre esprit reste en alerte, critique face à tout ce qui arrive. Il ne s’agit pas de produire pour produire, mais de produire attentivement.

© Adrià Cañameras

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